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  • JS Bergues
  • Courriel : joseszyma@gmail.com

Président bénévole de l'AAEs depuis le 25/10/2012.
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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 10:05

 


LE MONDE | 05.06.10 | 14h11  •  Mis à jour le 05.06.10 | 16h15

 
Où est passée la dynamique écologiste ? Alors qu'à gauche, le Parti socialiste commence à préparer activement la bataille présidentielle de 2012, Europe Ecologie et les Verts paraissent absents du débat politique. Depuis les élections régionales, ils sont absorbés par leurs discussions internes sur la forme que doit prendre leur rassemblement.

 

Au moment où une convention interrégionale se tient à Paris, samedi 5 juin, Cécile Duflot les appelle à ne pas s'enliser dans ce débat. La secrétaire nationale des Verts pose les conditions de la discussion avec le PS et met l'accent sur la question sociale "enjeu majeur de 2012".

Pourquoi ce silence ?

A titre personnel, j'avais besoin de retrouver de la réflexion et de l'énergie après une séquence électorale chargée, mais je reconnais le danger que recèlent nos débats sur la structuration du mouvement. Ils absorbent notre énergie, alors que la priorité devrait être de travailler sur nos propositions. Sur les retraites, la crise grecque ou l'école, nous avons des choses intéressantes à dire qui n'ont pas été audibles.

Regrettez-vous que Daniel Cohn-Bendit ait ouvert les hostilités à peine achevées les élections régionales ?

Cohn-Bendit, personne ne le changera ! Disons qu'il a la qualité de ne pas être conservateur. Le débat sur la structuration du rassemblement était nécessaire, mais je déplore qu'il soit devenu immédiatement public. S'il avait été mené de façon moins exposée, il aurait été plus posé.

Qu'est-ce qui se joue de si essentiel pour l'écologie ?

L'enjeu est de faire émerger une nouvelle force politique et une nouvelle orientation dans un contexte où la politique est plongée dans un grand désarroi et où la tentative de récupération électorale de l'écologie par Nicolas Sarkozy a échoué.

Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas levé les difficultés. L'organisation que nous devons mettre en place doit être en lien avec un réseau citoyen : de plus en plus, les gens veulent participer sans être encartés. C'est essentiel de comprendre cela si on veut répondre à la désaffection politique et à l'abstention. Mais réussir à organiser une mouvance qui, par essence, ne veut pas l'être est un exercice compliqué. Le terme de coopérative utilisé par Daniel Cohn-Bendit me plaît mais le concept reste flou. Coopérative, mouvance, réseau. Au fond, peu importe le terme. Si nous en avons la volonté, nous trouverons les solutions pratiques.

Quand serez-vous en ordre de bataille ?

Je pense qu'il faut qu'on sorte vite de ce débat. A l'automne, nous devons avoir trouvé le corps électoral interne qui décidera du calendrier, de la stratégie, le cas échéant d'un candidat à la présidentielle et de la validation d'un accord avec les partenaires. Sachant que, dans mon esprit, rien ne doit être figé. Après 2012, il faudra remettre l'ouvrage sur le métier pour rester en "percolation" avec ceux que nous intéressons.

Ne craignez-vous pas un repli identitaire des Verts ?

L'histoire mouvementée des Verts est derrière nous, mais il y a toujours un risque que les vieux travers reviennent. Ce que vivent les écologistes ressemble un peu à ce que ressent un enfant qui doit passer du quatre pattes à la position debout : c'est normal que cela fasse peur. Quant à moi, je ne serai pas la secrétaire nationale du repli, mais je ne serai pas non plus celle de la fuite vers une modernité artificielle.

Comment gérez-vous vos différences idéologiques avec Daniel Cohn-Bendit ?

Elles ne sont pas si profondes ! Mais c'est vrai que nous devons travailler plus avant sur le projet pour savoir qui pense quoi et trancher.

N'êtes-vous pas en train de perdre du temps par rapport au Parti socialiste ?

Les contacts existent sans être formalisés. J'ai rencontré Martine Aubry et nous allons nous revoir. Pour le moment, on s'observe pour voir les avancées des uns et des autres.

Le soutien du PS à notre candidate Annie Poursinoff pour la législative partielle des 4 et 11 juillet à Rambouillet est un bon signe.

Quel doit être le mode d'emploi de la gauche solidaire ?

La gauche et les écologistes peuvent gagner s'ils sont rassemblés et assument leur diversité. Les électeurs de gauche n'attendent pas de nous la caporalisation. Le projet écologiste n'est pas celui du PS. Mais nous devons être capables de dire pour les cinq ans qui viennent : "Voilà ce que nous allons faire ensemble."

Pour cela, il est indispensable que nous ayons enfin un groupe parlementaire, car cela donnera de la crédibilité à nos projets. Sur le partage des responsabilités, les élections régionales ont montré que le PS était capable de rompre avec son penchant hégé-monique.

Après les élections régionales, quel bilan tirez-vous de votre cohabitation avec le PS ?

Avoir un groupe de 50 élus en Ile-de-France a changé les conditions dans lesquelles se passent les discussions. Cela pousse le président à l'ouverture à notre égard... La négociation sur le passe Navigo a été longue mais on n'a pas lâché. Je me suis assise en face de Jean-Paul Huchon et je lui ai dit : je ne partirai pas tant qu'on n'aura pas abouti. Il nous a écoutés. Ce n'est pas une question de financement, c'est une mesure de solidarité territoriale. Pour la première fois, on dit aux banlieusards et aux Parisiens : "Vous vivez ensemble sur le même territoire."

Notre autre bataille a consisté à obtenir une délibération sur les paradis fiscaux qui va être prochainement votée. L'Ile-de-France sera la première collectivité locale en Europe qui obligera à la transparence financière les groupes financiers qui veulent passer un marché avec elle. C'est vrai que la gestion institutionnelle peut anesthésier mais si on ne lâche pas, on y arrive.

L'écologie n'est-elle pas plombée par la crise ?

Pas du tout. C'est au contraire plus que jamais le moment de réfléchir à la remise en cause du modèle de croissance dominant. Les chefs d'entreprise l'ont très bien compris. Peut-être même plus vite que les politiques. Mais cela ne doit pas occulter la question sociale. Pour moi, l'enjeu majeur de 2012, ce sont les inégalités. Il se développe un sentiment d'injustice et d'impuissance qui est le terreau de la désespérance. On a traversé une phase de repli sur soi. On peut tomber du mauvais côté, dans l'extrémisme de droite. C'est un vrai enjeu de redonner des perspectives et de montrer que les "écolos" ne sont pas seulement ceux qui pointent les catastrophes à venir.

Sur les retraites, on ne vous a pas beaucoup entendue...

On me tend les micros en disant : "Alors Mme Duflot, la retraite pour vous, c'est à 61, 62, 63 ans ?" Mais les retraites, ce n'est ni un sujet de financement ni un sujet de positionnement qui considérerait comme moderniste le point de vue partisan du recul de l'âge de la retraite ou réactionnaire celui qui voudrait le maintenir.

Plus précisément ?

Les 60 ans, ce n'est pas un dogme mais un acquis social. On n'y touche pas ! C'est le sens profond du progrès. Mais il nous faut réfléchir aux temps de vie : pour beaucoup de monde, il semble une évidence que parce qu'on vit plus longtemps on doive travailler plus longtemps. Non. Pourquoi ne pas se dire qu'on doit pouvoir vivre différemment ? C'est révoltant quand Eric Woerth dit en résumé que la retraite à 60 ans ne sera possible que si son corps est bousillé.

On évalue toujours le coût des retraités, mais jamais ce qu'ils rapportent à la société. Ils sont pourtant une contribution énorme à la garde des enfants, à l'animation des associations sportives, culturelles... Il faut réfléchir à la transition temps de travail, temps de retraite.

Vous reconnaissez-vous dans la société du "care" de Martine Aubry ?

Elle reprend des questions posées depuis longtemps par les écologistes. Tant mieux car cela montre que le Parti socialiste interroge ses vieux modèles de croissance. Mais il faut aller plus loin que la question du lien social en rompant avec la société de consommation.

Vous avez exprimé des réticences sur la candidature de Dominique Strauss-Kahn. C'est définitif ?

Voter pour le directeur général du FMI comme alternative à Sarkozy serait quelque chose de singulier. Dominique Strauss-Kahn assume une politique libérale et préconise une rigueur insupportable. Mais je n'ai pas d'avis définitif sur les personnes.

La gauche peut-elle gagner en 2012 ?

C'est plus fort que ça ! Elle doit gagner. Les gens n'en peuvent plus du chômage et des inégalités, des attitudes pyromanes sur la burqa et l'identité nationale, des atteintes aux libertés publiques. On sent une volonté très forte de stopper tout ça.


Propos recueillis par Françoise Fressoz et Sylvia Zappi
Article paru dans l'édition du 06.06.10

 

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