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Président bénévole de l'AAEs depuis le 25/10/2012.
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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 10:55

01 Octobre 2010 Par François Bonnet

 
  • Il faut exceptionnellement utiliser des formules peut-être solennelles ou grandiloquentes. Mais elles disent l'importance de ce qui se joue dans ce pays. Il faut bien parler de honte, de dégoût même, après ce qui s'est passé ce jeudi soir à l'Assemblée nationale.

    L'UMP s'est déshonorée en adoptant le scandaleux article 3 bis du projet de loi Besson qui crée deux catégories de Français. Les «bons Français», formule obscène utilisée la veille par le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, et les Français suspects, Français en CDD, qui ont acquis la nationalité depuis moins de dix ans. Elle pourra désormais leur être retirée s'ils sont condamnés pour meurtre d'agents dépositaires de l'autorité publique.

     

    Cette mesure, voulue et annoncée par Nicolas Sarkozy, a été adoptée à la sauvette (75 voix contre 57 – lire ici l'article de Carine Fouteau) et dans la lâcheté de députés fuyant leurs responsabilités d'élus pour ne pas prendre part au vote. Certes, des parlementaires UMP ont dit leur malaise, leur désaccord. Le Nouveau Centre s'est doctement interrogé, lui qui aime tant mettre en avant sa culture d'«équilibre» et ses valeurs humanistes. Puis il s'est couché, comme d'ordinaire.

     

     

    Le courage des parlementaires de droite, nombreux à être en désaccord avec cette mesure, fut de prendre la fuite en désertant l'hémicycle. Il faut donc saluer les trois hommes qui, à droite, ont fait le choix de voter contre : Pierre Méhaignerie, Jean-Philippe Maurer et Étienne Pinte. On notera au passage que les parlementaires villepinistes, toujours prompts à protester dans les couloirs de l'Assemblée, n'ont pas voté contre cette mesure.

     

    De cette déchéance de nationalité, qui brise l'égalité de tous devant la loi, inscrit dans la législation la création de catégories de citoyens, vise directement les citoyens d'origine étrangère, tout ou presque a été dit. D'abord, la démagogie d'une mesure pratiquement inapplicable, ce qu'a reconnu Eric Besson : «Cet article est une symbolique forte. Ce n'est pas parce qu'il s'appliquera peu que sa symbolique républicaine sera atténuée», avait expliqué Eric Besson.

     

    Ensuite, l'inconstitutionnalité d'une telle mesure au regard de l'article 1 de la loi fondamentale. Olivier Duhamel, constitutionnaliste, l'explicite dans l'appel «Nous sommes tous français» lancé avec quatre autres signataires et relayé par Mediapart (à lire ici). «Nous sommes membres d'une nation qui, selon l'article 1er de sa Constitution, “assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion”. Nous sommes citoyens d'une république qui refuse de discriminer les Français selon leur origine, quelle qu'elle soit. Nous appartenons à un peuple qui, en proclamant solennellement son attachement aux droits de l'homme, se souvient que cette sélection entre Français selon l'origine fut celle du régime raciste de Vichy», dit le premier paragraphe de cet appel.

     

    La « symbolique républicaine » ou plutôt la République de M. Besson, qui a fait de la traîtrise un engagement politique, n'est pas la nôtre. Elle n'est pas celle de ces millions de Français, de droite comme de gauche, pour qui une ligne ne peut être franchie : celle d'une alliance avec l'extrême droite, dans des thématiques qui plongent au cœur de ce qui ne fut pas la République mais «l'Etat français», celui de Vichy.

Attaques contre le droit du sol

Certains voudront se rassurer en ne voyant dans ce projet Besson qu'un texte de circonstance, promis à être oublié sitôt voté ou à dormir dans les tiroirs, privé de décrets d'application. Ceux-là notent qu'il s'agit là de la cinquième loi sur l'immigration en sept ans, nouveau «coup» politique ou manœuvre opportuniste d'un pouvoir avide de faire diversion et de chasser sur les terres du Front national. Ils se trompent et les enjeux sont autrement plus graves. Pour la première fois depuis la Libération, la droite s'empare d'une symbolique jusque-là réservée à l'extrême droite xénophobe.

 

La une de Newsweek cette semaine.
La une de Newsweek cette semaine.

Le tabou construit par de Gaulle, le cordon sanitaire mis en place par Jacques Chirac ont sauté. La droite parle désormais, au sein même de l'Assemblée nationale, de dispositifs et thématiques issus d'un nationalisme xénophobe de l'entre-deux-guerres. Car avant d'adopter l'extension de la déchéance de nationalité, nombre de députés UMP ont tenté d'abattre un autre pilier de notre citoyenneté républicaine : le droit du sol, ce droit qui fait que toute personne née en France peut automatiquement obtenir la nationalité française (lire également ici).

 

 

Ces constructions législatives s'inscrivent dans une stratégie plus vaste de la nouvelle phase du sarkozysme engagée depuis l'été. On sait que son acte fondateur – le discours de Grenoble – fut en partie suggéré par Patrick Buisson, ce conseiller d'extrême droite désormais installé à l'Elysée. Le discours lui-même fut écrit par un autre conseiller, Maxime Tandonnet (lire ici son portrait par Mathilde Mathieu), souverainiste de l'ultra-droite et obsessionnel de l'immigration.

 

Est-ce un de ces deux hommes qui a évoqué dans Le Parisien, jeudi, un possible rapprochement avec le Front national et Marine Le Pen jugée «fréquentable»? On ne sait, mais les propos rapportés sont les suivants : «Je suis convaincu qu'elle sera un jour dans un gouvernement de droite, mais dans longtemps, dans dix ans. Elle n'est pas pire que la CSU bavaroise allemande et plus modérée que la Ligue du Nord italienne», explique ce conseiller anonyme.

 

L'hebdomadaire américain Newsweek n'a ainsi pas tort de faire de Nicolas Sarlozy le visage du «nouvel extrémisme en Europe». Nos politologues patentés s'en indignent. Pascal Perrineau, commentateur de sondages et directeur du Cevipof, crie contre cette «confusion intellectuelle et politique majeure» (à lire ici). Mais après la dénonciation d'une communauté ethnique (les Roms), le vacarme fait autour de l'interdiction du niqab, les mises en cause répétées des immigrés, et les multiples mesures répressives de ce projet Besson, que faut-il donc de plus pour constater que le camp présidentiel s'est délibérément affranchi du cadre idéologique qui a structuré la droite française ces trente dernières années.

 

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