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  • JS Bergues
  • Courriel : joseszyma@gmail.com

Président bénévole de l'AAEs depuis le 25/10/2012.
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 14:06

27 Août 2010 Par

 

L'incapacité de la France à réduire ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990 soulève la question taboue des modes de vie de ses habitants: en consommant de plus en plus, ils sont en grande partie responsables de ce médiocre bilan carbone. De quoi alimenter le débat autour de la décroissance.

C'est une surprise, puisque l'on considère habituellement que les rejets de gaz carbonique ont tendance à décroître: -0,7% entre 1990 (date universelle de référence) et 2008 annonce le Citepa, l'organisme qui publie l'inventaire officiel des émissions hexagonales. D'ailleurs, le rapport du CGDD lui-même mentionne une baisse de 0,1% des émissions de CO2 pour la même période, mais selon une autre méthode de calcul. Selon la mission Climat de la Caisse des dépôts (sur la base de chiffres de l'agence européenne de l'environnement), la réduction des émanations de carbone atteindrait -8,6% entre 1990 et 2007. La différence s'explique là encore par la manière de compter: ce dernier chiffre prend en compte le rôle des terres et des forêts qui captent de plus en plus de carbone, contribuant ainsi très fortement à la baisse globale des émissions.

A peine l'étude du CGDD publiée, le cabinet de Jean-Louis Borloo diffusait un communiqué rageur, envoyé en pleine trêve estivale, la veille du 15 août, semblant prendre à revers ses propres services: «Contrairement à l'affirmation selon laquelle les émissions de CO2 n'ont pas baissé depuis 1990, un effort important est clairement observé depuis 2007.» La date n'est pas choisie au hasard: la crise économique s'est traduite en 2008 et 2009 par une réduction des activités économiques, et donc une baisse des émissions partout dans le monde (-4,5% entre 2008 et 2009 pour la France). Effet conjoncturel, et donc réversible, craignent des groupes écologistes.

En se focalisant sur les émissions de CO2, l'étude du CGDD adopte un biais qui peut lui être reproché. Les émissions de carbone diminuent moins que l'ensemble des gaz à effet de serre (SO2, CHA, Nox...). Or, c'est bien l'ensemble de ces rejets, et pas seulement le gaz carbonique, que les pays industrialisés doivent réduire en vertu du protocole de Kyoto.

Ne pas prendre en compte le méthane évite ainsi de pointer la responsabilité de l'agriculture. Intégrer le captage du dioxyde de carbone par les sols et les forêts aurait permis de valoriser les bénéfices du reboisement. Au final, que la quantité de carbone dégagée augmente légèrement ou diminue à peine, peu importe au fond. Ça stagne.

 

L'empreinte carbone surgit dans la comptabilté nationale

Malgré cette stagnation, la France reste dans les clous de ce que lui impose le protocole de Kyoto, qui lui demandait seulement de stabiliser ses émissions d'ici 2012. Mais le signal politique est déstabilisant alors que les gouvernements n'ont jamais autant parlé de climat. Jean-Louis Borloo a-t-il raison de se réjouir de la baisse des rejets français de gaz à effet de serre? Ou se livre-t-il à un pur exercice de déminage?

«Tout dépend de ce que l'on mesure, il y a des tombereaux de chiffres sur les émissions de CO2 avec, à chaque fois, des écarts entre les résultats», explique Jean-Pierre Fontelle, directeur du Citepa. La grande innovation de cette nouvelle étude, c'est que pour la première fois ou presque, il intègre à ses calculs les importations hexagonales. Concrètement, les chercheurs ne se sont pas contentés de mesurer les émissions du territoire national mais y ont ajouté celles des produits fabriqués à l'étranger et consommés en France. C'est l'empreinte carbone de la demande française.

Cet indicateur, défendu de longue date par l'ONG écologiste WWF, a le grand avantage de tenir compte de la mondialisation de l'économie. Les experts y ont aujourd'hui recours «pour des raisons d'efficacité et d'équité des politiques publiques», expliquent-ils dans leur rapport. En délocalisant leurs industries dans certains pays en voie de développement tout au long des années 1990 et 2000, les pays industrialisés ont déplacé une partie de leur pollution. Si bien que la Chine ou le Viêtnam se retrouvent aujourd'hui tenus responsables d'émissions en partie causées par les besoins des ménages des pays riches.

 

 

 

L'effet est considérable puisqu'il augmente d'un tiers le volume des émissions de CO2 à porter au crédit des consommateurs. «On passe de 6,7 tonnes de CO2 par personne par an à 9 tonnes», explique le rapport du CGDD. Mais le poids de ces importations n'a pas été pris en compte dans le calcul du volume des émissions de 2007 (les 439 millions de tonnes de CO2 évoquées au début de cet article). «Les calculs des émissions liées aux importations et par conséquent de l'empreinte carbone sont des travaux d'études relativement nouveaux», explique Bruno Trégouët, chef du service de l'observation et des statistiques. «Pour la France, ils ont été réalisés pour l'année 2005 seulement, en raison de la difficulté de disposer des données utilisées

Autrement dit, si l'on ajoutait les émissions des importations au volume de carbone rejeté par la France aujourd'hui, le total serait bien plus élevé encore. Le rapport du ministère de l'écologie ne s'y risque pas.

La mesure de l'empreinte carbone, beaucoup moins favorable à la France, est «intéressante, mais décalée par rapport aux règles de comptage international», analyse Jean-Pierre Fontelle, du Citepa. Surtout, «les données sur les produits importés sont incertaines et mal maîtrisées, reprend-il. Pour connaître ce que coûte en carbone un téléviseur fabriqué en Corée, il faut connaître le procédé énergétique utilisé, l'origine de son plastique... les résultats sont entachés d'incertitudes très fortes».

Environ 70% des émissions de CO2 liées aux importations sont générées dans d'autres pays européens. Alors que la pression s'accentue sur l'Union européenne qui doit diminuer de 20% ses rejets de gaz à effet de serre en 2020 (par rapport à 1990), l'identification des responsables de cette pollution va prendre de l'importance. Et la question de la juste répartition de l'effort va devenir cruciale.

 

Les efforts réels de l'industrie

Incapable jusqu'à ce jour de réduire ses émissions de carbone, la France pourra-t-elle respecter ses prochaines échéances (paquet énergie climat, Grenelle de l'environnement...)? C'est là que l'étude de nos émissions de CO2 depuis une quinzaine d'années devient passionnante. Les enseignements à en tirer peuvent paraître inattendus :

 

Efforts réels de l'industrie

 

Cela va à l'encontre de bien des discours, mais l'industrie est le secteur d'activité qui a fourni le plus d'efforts pour réduire ses émissions de CO2 depuis 1990: -10%, soit environ 20 millions de tonnes. Industries manufacturières, production d'énergie et construction génèrent un peu plus de 40% du gaz carbonique de l'Hexagone. C'est beaucoup, mais c'est moins qu'avant. Les images de cheminées d'usines vomissant de la fumée, si souvent reproduites lorsque l'on parle de changement climatique, sont trompeuses. L'«économie marron» a fait beaucoup pour réduire sa pollution, essentiellement grâce aux évolutions techniques.

 

L'industrie est aujourd'hui moins gourmande en énergie qu'en 1990, grâce à la substitution partielle du gaz au charbon et au pétrole, ainsi qu'au recours croissant à l'électricité, explique le rapport du CGDD. Dans le détail, les industries extractives ont beaucoup réduit, la construction a beaucoup augmenté, ainsi que l'industrie alimentaire, l'assainissement et la gestion des déchets.

 

 

Tournée du groupe pop Radiohead, militant pour la baisse du CO2
Tournée du groupe pop Radiohead, militant pour la baisse du CO2

 

 

«C'est logique que les réductions soient plus fortes dans le bâtiment et l'industrie, c'est là qu'elles étaient les plus faciles à réaliser», explique Stéphane Hallegatte, économiste du climat. Les entreprises cherchent à optimiser leurs situations: elles se sont rendu compte que le coût de l'énergie allait augmenter, or ils sont énormes dans l'industrie. Elles ont donc dû s'intéresser au problème.»
De ce point de vue, le marché européen du carbone, si décrié par la gauche des écologistes – à raison au regard des profits mirifiques qu'il a permis à de gros pollueurs, voir l'article que Mediapart y avait consacré – a pu jouer un rôle vertueux de signal auprès de certains secteurs.

 

Le dérapage des services

Ce sont les mauvais élèves du tableau de l'évolution carbone depuis 15 ans: les émissions de CO2 du secteur des services ont explosé: +25%. La hausse la plus flagrante concerne les transports: + 35%. C'est la «tertiarisation» des émissions. Les transports sont responsables de plus de la moitié de la hausse des rejets de CO2. Le transport routier de marchandises y joue un rôle prépondérant.

 

Que s'est-il passé? Avec la hausse du niveau de vie, le développement des grandes surfaces éloignées des centres urbains et l'essor de la vente en ligne, un nouveau type de commerce s'est généralisé, plus générateur de gaz carbonique. Contrairement à ce qui s'est passé pour l'industrie, les améliorations techniques économes en énergie (véhicules moins gourmands en essence...) sont contrecarrées par la croissance des volumes échangés. Les services constituent aujourd'hui le plus gros gisement d'économie  de CO2. Des travaux montrant des résultats similaires ont déjà été publiés pour d'autres pays européens.

 

Le tabou de la consommation des ménages

 

Les ménages représentent aujourd'hui environ un tiers des émissions de carbone (chauffage, eau chaude, voiture individuelle). Entre 2007, ils émettent 4,5%% de plus de CO2 qu'en 1990. Une tendance qui s'inverse à partir de 2000. Dans l'ensemble, ils consomment moins pour leur logement (-5%) mais plus pour leurs véhicules (+ 10%).

Pourquoi ? Les progrès techniques permettent aux logements et aux voitures de dépenser moins d'énergie qu'avant (meilleure isolation, meilleures chaudières, consommation d'essence au km en baisse...), mais la croissance démographique et la hausse du niveau de vie jouent en sens inverse. Par exemple, la surface occupée par personne et par mètre carré a augmenté en 17 ans, tout comme les distances parcourues par les voitures individuelles.

 

 

Détournement de pub par les militants de la Vélorution
Détournement de pub par les militants de la Vélorution

 

Les chercheurs décèlent un « effet rebond » : l'amélioration de l'efficacité de l'utilisation d'un équipement entraîne un usage accru. Par exemple, la baisse de la consommation moyenne d'énergie par mètre carré amoindrit le prix de chaque mètre carré chauffé, ce qui permet de se chauffer plus sans payer plus. Mais donc, aussi, de polluer plus. La généralisation des ordinateurs, des téléphones portables, l'apparition de nouveaux écrans de télévision (LCD, plasma...), tout cela fait exploser les besoins des ménages en électricité. L'avènement d'Internet n'a pas permis le économies d'énergie dont certains rêvaient.

 

Quels enseignements en tirer ? Avec une hausse de la pollution en carbone liée à la consommation des ménages, ce sont bien les styles de vie qui sont aujourd'hui en cause. Or, après le retrait du projet de taxe carbone, aucune politique publique n'est aujourd'hui en place pour tenter de les influencer. Les émissions de CO2 à réduire sont à la fois diffuses, engendrées par une noria de personnes qui n'en ont pas toujours conscience. Comment faire pour les réduire? C'est le débat que mènent depuis des années les partisans de la décroissance ou de la relocalisation de l'économie, courants politiques et culturels aujourd'hui très minoritaires en France.

 

L'exemple du logement est éloquent. La loi Grenelle de l'environnement oblige à réduire de 38% en 2020 (par rapport à 2008) les émissions de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment. Or, entre 1990 et 2007, la quantité de CO2 émanant des logements n'a baissé que de 5%. Pour évaluer les effets à attendre du Grenelle, des chercheurs du Cired, spécialisé dans l'économie du climat, ont réalisé une projection: que se passerait-il si au crédit d'impôt et à l'éco-prêt à taux zéro déjà en place, s'ajoutaient la mise en place de la nouvelle réglementation thermique 2012-2020 (sur les bâtiments basse consommation et à énergie positive), l'instauration d'une taxe carbone à 32 euros la tonne et s'il devenait obligatoire de rénover les logements lors de chaque achat ou changement de locataire?

 

En combinant ces cinq facteurs, les émissions ne baisseraient que de 20%, explique Louis-Gaëtan Giraudet. Pire, en ne tenant compte que des décisions d'ores et déjà actées par les pouvoirs publics (sans taxe carbone et sans obligation de rénovation), la réduction n'est plus que de... 9%. Les objectifs fixés dans la loi seront donc très difficiles à atteindre.

Pour agir sur les comportements des individus, tout reste à inventer. Pour Stéphane Hallegatte: «Sur le chauffage ou l'utilisation de la voiture, même une taxe carbone ne suffirait pas. Les ménages ne font pas vraiment de calculs coût-bénéfice lorsqu'ils achètent une chaudière ou un frigo. C'est la limite du raisonnement économique. Pour contrer les émissions diffuses, il faudra un ensemble de choses: des normes, des incitations et un signal prix.»

 

Mais six mois après l'abandon de la taxe carbone, et à 18 mois de l'élection présidentielle, pas sûr qu'il se trouve des responsables politiques prêts à batailler contre les comportements et les modes de vie de leurs concitoyens.

 

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